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"Amoris Laetitia" - La joie de l'Amour

Ce qu'il faut retenir de l’exhortation apostolique sur la famille du Pape François, datant du 8 avril 2016.

L'article qui suit est le compte-rendu du Cardinal Lorenzo Baldisseri sur l’exhortation apostolique sur la famille du Pape François du 8 avril 2016.

 

La clef de lecture:

En harmonie avec le temps jubilaire que vit l’Eglise, la bonne clef de lecture de l’exhortation est la logique de la miséricorde pastorale (no 307 – 312).
Au chapitre III notamment, le Pape affirme clairement la doctrine sur mariage et famille, proposée comme un idéal indispensable.
Et à propos des jeunes, il écrit que pour éviter toute dérive d’interprétation, l’Eglise ne peut en aucune façon renoncer à proposer l’idéal complet du mariage comme projet de Dieu.
En vue de prévenir sa rupture, l’effort pastoral de consolidation de l’union matrimoniale doit avoir le pas sur une pastorale de l’échec (no 307).
Et puis le Pape n’oublie pas de se pencher sur la fragilité comme sur l’échec du mariage en reprenant un passage d’Evangelii Gaudium (no 44): Sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience la croissance des personnes, jour après jour et en donnant toute sa place à la miséricorde du Seigneur qui nous encourage à faire le bien possible (no 308).


La structure:

Amoris Laetitia s’articule en neuf chapitres, subdivisés en 325 paragraphes, 391 notes et une prière finale adressée à la Ste.Famille. Expliquant le déroulement du document (no 6), le Pape souligne qu’il s’inspire à l’Ecriture (chapitre 1), qui lui fournit le ton adéquat.
Puis il passe à l’exposé sur la situation de l’institution familiale au regard de l’enseignement de l’Eglise (chapitre III). La place centrale du document est réservée à l’amour matrimonial (chapitre IV), qui devient fécond au sein de la famille (chapitre V).
Suivent des orientations pastorales destinées à bâtir des familles solides et fécondes selon le projet de Dieu (chapitre 6) et à renforcer l’éducation des enfants (chapitre VII).
Le chapitre VIII est quant à lui une invitation au discernement pastoral face aux situations ne répondant pas pleinement à l’idéal que propose le Seigneur.
Le dernier chapitre propose des lignes de spiritualité familiales.


Dans l’introduction, le Pape explique l’inévitable extension du texte, et sa réflexion sur le cheminement synodal justifie qu’il englobe divers sujets qui ne sont pas strictement inhérents à la famille. C’est pourquoi, même si elle n’est pas forcément continue, une lecture approfondie est nécessaire selon l’intérêt des lecteurs (no 7).

Des poins saillants:


1. Le document met largement l’accent sur la beauté de l’amour conjugal et de la vie de famille, malgré le contexte de crise de cette institution. Aux chapitres IV et V est développé de façon originale, tant dans le contenu que dans la forme, l’aspect fécond de l’amour. Chacune des références à l’amour de l’hymne à la charité de Paul (Cor 13,4 – 7) constitue une méditation spirituelle et existentielle pour la vie des époux. Proposées avec profondeur, elles sont des lignes guide spirituelles pour la croissance de la charité conjugale.


2. L’évêque a la charge de conduire le peuple de Dieu à l’exemple du Bon Pasteur, qui appelle une à une ses brebis (Jean 10,3), et ce service pastoral inclut l’exercice du jugement. Par ses Motu Proprio Mitis Iudex Dominus Iesus et Mitis et Misericors Iesus, le Pape a voulu rendre évident le fait que chaque évêque dans l’Eglise dont il est le pasteur et le chef est le juge des fidèles (no 244). Il en découle par le biais des prêtres et autres agents pastoraux bien préparés qu’il prépare des mesures appropriées en faveur des époux en crise.


3. Comme tout pasteur, le Pape veut appliquer sa paternelle sollicitude à une innombrable variété de situations (no 300). Il écrit notamment qu’on ne saurait attendre du synode comme de l’exhortation une nouvelle loi canonique applicable à l’ensemble des cas. C’est pourquoi, comme l’a affirmé le synode, il faut tenir compte des différents degrés de responsabilité et procéder avec discernement pastoral et responsabilité au cas par cas.
Les baptisés remariés doivent être inclus, et l’exhortation est très claire sur ce point: Si leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux, il convient de discerner celles des actuelles formes d’exclusion qui pourront être surmontées (n1 299).
Pour accompagner et intégrer les fidèles en situation irrégulière, les pasteurs doivent traiter ces personnes une à une. Les prêtres ont le devoir d’accompagner ces personnes sur la voie du discernement selon l’enseignement de l’Eglise et les orientations de l’évêque (no 300). En l’occurrence, il sera utile d’effectuer un examen de conscience au moyen de moments de réflexion et de repentance. Les divorcés remariés devront s’interroger sur leur comportement envers leurs enfants lors de la crise du couple, s’ils ont tout tenté pour la réconciliation, dans quelle situation se trouve le conjoint abandonné, quelles conséquences a eu la nouvelle relation sur le tissu familial et la communauté d’appartenance, quel mauvais exemple ils peuvent avoir offert aux jeunes qui se préparent au mariage.
Ce discernement se produit grâce au dialogue avec le prêtre qui, au for interne, forme un jugement qui, correct, ne doit pas faire obstacle à une plus large participation de ce fidèle à la vie de l’Eglise (no 300).

 

4. En vue de l’accomplissement de l’idéal matrimonial, l’exhortation souligne l’importance de la préparation des fiancés au sacrement, de manière à leur fournir les éléments nécessaires à sa réception dans les meilleurs conditions et dans la perspective d’une vie familiale solide (no 207). Dans cette préparation, rappelle le Pape, on doit insister sur les convictions doctrinales et les grandes ressources spirituelles dont dispose l’Eglise, et s’appuyer aussi sur des parcours, des conseils et des stratégies tirées de l’expérience et des choix psychologiques (no 211). Le document montre également la nécessité de poursuivre ce cheminement après la célébration, en particulier durant les premières années du mariage. Le Pape rappelle aux jeunes époux que le mariage ne doit pas être considéré comme chose conclue, et qu’il faut tabler sur l’avenir en bâtissant jour après jour avec la grâce de Dieu.


5. Amoris Laetitia rappelle encore que les pères synodaux ont envisagé aussi le cas du seul mariage civil voire de l’union libre dans lesquels, faites les différences, il existe une stabilité du lien, une affection profonde, une responsabilité envers les enfants et une capacité à affronter les difficultés de la vie. Ceci doit être vu comme des occasions d’accompagner ces couples dans une démarche tendant au sacrement du mariage (no 293).


6. Dans la prise en charge ou l’accompagnement des fragilités, dans le soin des blessures, le principe de la gradualité pastorale doit refléter la pédagogie divine. A l’image de Dieu qui prend soin de tous ses fils, à commencer par les plus faibles et éloignés, l’Eglise doit témoigner de son amour envers ceux des siens qui prennent part de manière imparfaite à la vie de la communauté ecclésiale (no 78). Tous doivent pouvoir y prendre part. Personne, écrit-il, ne peut être condamné à jamais. Ce n’est pas la logique de l’Evangile (no 297). En ne se limitant pas aux situations irrégulières, l’exhortation apostolique post-synodale ouvre donc le vaste horizon de la grâce imméritée et de la miséricorde inconditionnelle à chacun, quelle que soit sa situation (no 297).
Face aux grands bouleversements du monde, ainsi découvre-t-on la grandeur de Dieu et son amour pour l’homme qui, constamment blessé, a besoin d’être accueilli et soigné par le Christ, le Bon Samaritain de l’humanité. Dieu offre à l’humanité sa miséricorde car la société ne saurait être seulement régie par le rapport droits devoirs. C’est la dimension de la gratuité qui doit primer, et avant tout la miséricorde et la communion (no 6). D’où la nécessité de dépasser la vision humaine de la justice par un saut en avant qui ne peut venir que de l’amour miséricordieux face à la fragilité humaine. Amoris Laetitia entend toucher le coeur de l’Evangile et faire du bien à l’homme blessé: La miséricorde est la plénitude de la justice, écrit le Pape François, et la manifestation la plus éclatante de la vérité de Dieu (no 311).


Conclusion et prière du Pape François.


En effet, comme nous l’avons rappelé plusieurs fois dans cette Exhortation, aucune famille n’est une réalité céleste et constituée une fois pour toutes, mais la famille exige une maturation progressive de sa capacité d’aimer. Il y a un appel constant qui vient de la communion pleine de la Trinité, de la merveilleuse union entre le Christ et son Église, de cette communauté si belle qu’est la famille de Nazareth et de la fraternité sans tache qui existe entre les saints du ciel. Et, en outre, contempler la plénitude que nous n’avons pas encore atteinte, nous permet de relativiser le parcours historique que nous faisons en tant que familles, pour cesser d’exiger des relations interpersonnelles une perfection, une pureté d’intentions et une cohérence que nous ne pourrons trouver que dans le Royaume définitif. De même, cela nous empêche de juger durement ceux qui vivent dans des conditions de grande fragilité. Tous, nous sommes appelés à maintenir vive la tension vers un au-delà de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette stimulation constante. Cheminons, familles, continuons à marcher ! Ce qui nous est promis est toujours plus. Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise. 
Prière à la Sainte Famille
Jésus, Marie et Joseph
en vous, nous contemplons la splendeur de l’amour vrai, 
en toute confiance nous nous adressons à vous.
Sainte Famille de Nazareth,
fais aussi de nos familles
un lieu de communion et un cénacle de prière,
d’authentiques écoles de l’Évangile
et de petites Églises domestiques.
Sainte Famille de Nazareth,
que plus jamais il n’y ait dans les familles
des scènes de violence, d’isolement et de division ; 
que celui qui a été blessé ou scandalisé 
soit, bientôt, consolé et guéri.
Sainte Famille de Nazareth,
fais prendre conscience à tous 
du caractère sacré et inviolable de la famille,
de sa beauté dans le projet de Dieu.
Jésus, Marie et Joseph,
Écoutez, exaucez notre prière
Amen !
Donné à Rome, près de Saint Pierre,  à l’occasion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, le 19 mars, Solennité de saint Joseph, de l’an 2016, le quatrième de mon Pontificat.


Franciscus

 

Le texte de l’exhortation est disponible :
A la librarie Saint Paul 28 bis, cours d’Estienne d'Orves. 13001 Marseille. Depot vente a la sortie des messes dès le dimanche 17 avril 2016, Ainsi que sur le site du Vatican : 
http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20160319_amoris-laetitia.html